Gustave Flaubert lettre autographe signée

Flaubert (Gustave)

(1821-1880)
Ecrivain français

Lettre autographe signée (incomplète), Croisset, 11 juillet 1858, à Marie-Sophie Leroyer de Chantepie, 2 pages in-8 (légère déchirure en bas de page), enveloppe autographe. Très belle lettre de Flaubert revenu de Carthage quelques mois plus tôt et en plein travail de rédaction de son futur roman Salammbô.

 

« Je suis las des choses laides et des vilains milieux. La Bovary m’a dégoûté pour longtemps des moeurs bourgeoises… »

 

« Je me suis diverti dans un tas de songeries historiques et dans la méditation du livre que je vais faire. J’ai bien humé le vent, bien contemplé le ciel, les montagnes et les flots. J’en avais besoin ! J’étouffais, depuis six ans que je suis revenu d’Orient.

J’ai visité à fond la campagne de Tunis et les ruines de Carthage, j’ai traversé la Régence de l’est à l’ouest pour rentrer en Algérie par la frontière de Kheff, et j’ai traversé la partie Orientale de la province de Constantine jusqu’à Philippeville, où je me suis rembarqué. J’ai toujours été seul, bien portant, à cheval, et d’humeur gaie.

Et maintenant, tout ce que j’avais fait de mon roman est à refaire ; je m’étais complètement trompé. Ainsi, voilà un peu plus d’un an que cette idée m’a pris. J’y ai travaillé depuis presque sans relâche et j’en suis encore au début. C’est quelque chose de lourd à exécuter, je vous en réponds ! Pour moi du moins. Il est vrai que mes prétentions ne sont pas médiocres ! Je suis las des choses laides et des vilains milieux. La Bovary m’a dégoûté pour longtemps des moeurs bourgeoises. Je vais, pendant quelques années peut-être, vivre dans un sujet splendide et loin du monde moderne dont j’ai plein le dos. Ce que j’entreprends est insensé et n’aura aucun succès dans le public. N’importe ! Il faut écrire pour soi, avant tout. C’est la seule chance de faire beau.

Vous devriez (si aucun sujet ne vous vient) écrire vos mémoires. Nous reparlerons de cela. Il me semble que dans une de mes dernières lettres je vous avais indiqué plusieurs lectures. Les avez-vous faites ?

Adieu, à bientôt. Je vous serre les mains bien cordialement et je vous baise au front.

Gustave Flaubert ». 

 

En septembre 1857, Flaubert avait entamé la rédaction de Salammbô, roman historique qui évoque la Guerre des Mercenaires à Carthage, conflit s'étant déroulé entre les première et seconde guerres puniques. Pour cela, il voyage au cours des mois d'avril et juin 1858 en Tunisie afin de se documenter et de voir Carthage (Le roman paraîtra en 1862).

Marie-Sophie Leroyer de Chantepie (1800-1888) fut une écrivaine française. Elle fut, aux côtés de George Sand et de Louise Colet, une des principales correspondantes de Gustave Flaubert.  


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